France–Tchad : divorce d’apparat, retrouvailles de nécessité

La brouille entre N’Djamena et Paris aura été aussi spectaculaire que son apaisement fut discret. Au cœur des tensions : le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. Plusieurs irritants ont nourri la crispation. D’abord, l’enquête du parquet national financier français évoquant des dépenses de près de 900 000 euros en costumes, difficile à digérer pour un chef d’État. Ensuite, les divergences autour du conflit soudanais, où les choix d’alliances de N’Djamena — notamment avec les Émirats arabes unis et le général Hemedti — ont suscité des réserves à Paris. Enfin, l’accueil jugé tiède réservé à son élection.

Mais au-delà des vexations, c’est le contexte politique qui éclaire la rupture. Successeur de son père, le maréchal Idriss Déby Itno, mort au front en 2021, Mahamat Déby doit en partie sa consolidation au soutien militaire français, validé par Emmanuel Macron. Dans une Afrique où la contestation de l’influence française est devenue un marqueur politique, afficher une prise de distance relevait presque d’un impératif de légitimité.

La dénonciation des accords militaires avec Paris a ainsi servi de geste fort envers les courants néo-panafricanistes. Mais la menace persistante des rébellions armées rappelle la dépendance sécuritaire du régime. Comme sous François Tombalbaye, l’histoire tchadienne montre que la realpolitik l’emporte souvent sur les postures.

Reste l’inquiétude de l’opposition, notamment autour du sort de Succès Masra, incarcéré depuis 2025, qui redoute que ce rapprochement pragmatique ne se fasse au détriment des droits humains.

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